COALITION ISLAMIQUE CONTRE LE TERRORISME

Le pays emblématique de l’Islam, l’Arabie Saoudite, celui qui a vu naître cette religion, qui abrite ses lieux saints les plus importants, qui reçoit chaque année des millions de musulmans en pèlerinage, s’est-il enfin décidé à lutter franchement contre le terrorisme à référence islamique ? S’est-il enfin décidé à le faire dans la durée en s’entourant de nombreux alliés ? S’est-il enfin décidé à mener ce combat de manière profonde et globale ?

Il faut l’espérer car sans l’implication des musulmans eux-mêmes, il ne saurait y avoir de lutte efficace contre la terreur qui utilise l’islam comme argument principal. Il faut également l’espérer car sans l’unité des musulmans pour mener cette lutte, les actions isolées ne seront au mieux que des coups portés contre les terroristes sans effet significatif et durable. Il faut enfin l’espérer car la lutte ne saurait être seulement militaire pour être couronnée de succès.

Après les actions terroristes emblématiques de Paris, Bamako, de la Californie ou encore récemment de Ouagadougou auxquelles il convient d’ajouter les destructions quotidiennes imputées à l’organisation qui se fait appeler l’État islamique (E.I.), en Syrie, en Irak, au Liban, en Tunisie, en Lybie, au Nigeria ou ailleurs sur la planète, le Royaume saoudien, de plus en plus critiqué par ses liens supposés avec des organisations plus ou moins terroristes, a décidé de constituer un regroupement de pays musulmans pour lutter contre la terreur islamiste. Ce regroupement fait suite à son action au Yémen avec la participation de certains pays et fait surtout écho à la coalition constituée autour des États unis d’Amérique pour frapper le pseudo État islamique sur différents théâtres d’intervention. Il contiendrait 34 pays membres dont ceux du sahel (Mali, Sénégal, Niger, etc.) et a une ambition internationale. Il n’y a pas encore suffisamment d’information sur cette organisation, sa structuration, ses ambitions. Il faudrait sans doute attendre qu’elle se mette en place et qu’on en voie quelques manifestations sur le terrain pour se faire une idée sur sa portée réelle. Il convient néanmoins de mettre en évidence la symbolique de cette organisation embryonnaire, d’anticiper quelque peu sur son contenu souhaitable afin que l’opportunité historique qu’elle constitue se traduise par des changements majeurs sur la question du terrorisme mais aussi et surtout sur l’islam et les musulmans à travers le monde.

Il n’y a pas de doute que l’image renvoyée par cette coalition naissante est d’abord une image de force, d’armée, d’actions, de coups à porter aux terroristes pour renforcer la sécurité internationale et améliorer l’image de l’islam par la même occasion. Cela doit être la partie visible de l’iceberg. D’autres parties substantielles et plus décisives doivent être mises en évidence en l’occurrence la nécessaire institutionnalisation de la coalition pour lui donner une force politique et diplomatique. Il lui faut également aborder la question délicate de la religion, de son unité, de son image, de sa saine et bonne compréhension par les adeptes et, enfin, de la solidarité entre les pays musulmans pour éloigner définitivement la menace terroriste à référence islamique. C’est cela le défi le plus important posé à cette coalition, à l’Arabie en tant que berceau de la religion et à l’ensemble des musulmans de la planète. S’il est bien négocié, beaucoup de peines et de malheurs seront évités !

La force armée utilisée de manière efficace sera d’un apport significatif pour la crédibilité de l’organisation encours de mise en place. Considérée par beaucoup comme le moyen par excellence de lutte contre le terrorisme, les forces de sécurité sont indispensables pour protéger, sécuriser, rassurer ou apporter une riposte selon les cas. Elles doivent recouvrer plusieurs aspects dans le cas de la coalition musulmane contre le terrorisme.

Il est indispensable qu’une coopération multi dimensionnelle soit instaurée entre les pays membres de l’organisation. Cette collaboration doit être effective très rapidement dans tous les domaines. Le partage d’informations entre les services de renseignement, la formation des forces spéciales anti terroristes, leur équipement et leur réorganisation pour lutter plus efficacement contre le terrorisme sont des phases souhaitables de cette collaboration. Il pourrait être envisagé la mise en place de brigades spécialisées par pays et pouvant intervenir ailleurs sur d’autres théâtres, au sein de dispositifs sous commandement commun.

Un axe de coopération est la mise en commun des moyens de projection et d’interventions pour pouvoir traiter avec vigueur les menaces dans chacun des pays membres de la coalition. Il s’agira à ce niveau de rendre disponibles pour tous la puissance de frappe de chacun comme les moyens aériens, les plots logistiques, les autres vecteurs de mobilité, les moyens de télécommunication, l’artillerie lourde, etc. On pourrait ainsi voir les hélicoptères de combat saoudien appuyer la gendarmerie nigérienne ou encore les forces spéciales sénégalaises, utiliser les services du génie égyptien dans une opération contre des groupes terroristes dans la forêt du Ouagadou au Mali.

Le renseignement est un domaine clé de collaboration entre les pays membres de la coalition. S’il est efficace, il permet de déjouer les actions terroristes. Il doit être disponible, exhaustif, global et se transmettre entre acteurs professionnels et par des canaux sécurisés. L’organisation encours de mise en place doit travailler sur le renseignement, le renforcement de ses acteurs et son partage entre ses membres. La bonne identification des individus, le traçage et le fichage à grande échelle des citoyens en vue de la constitution de bases de données gigantesques seront d’une grande utilité pour les pays membres de la coalition. Les populations sont à associer à ces exercices, notamment dans les zones où l’émigration est habituelle. Dans le Sahel, depuis le Moyen âge, nous sommes habitués à voir nos enfants partir sous d’autres cieux pour des raisons économiques et quelques fois religieuses. Aujourd’hui, d’autres partent pour faire la guerre et fuir leurs conditions de vie parfois difficiles. Ces départs doivent être mieux suivis pour anticiper les retours éventuels avec des desseins destructeurs. La mobilisation des sociétés contre la terreur est cruciale pour mener à bien ces actions de prévention qui sont les seules en mesure de nous éviter le pire. Nos pays doivent savoir négocier ce virage et les perspectives de la coalition peuvent les y aider.

L’institutionnalisation de la coalition naissante est indispensable pour la doter d’une capacité politique et diplomatique à même de compléter les actions sécuritaires. Il faut rapidement donner un corps à la coalition, un cadre formel avec des organes représentatifs qui constitueront son visage. L’organisation doit pouvoir rassembler au plus haut niveau les responsables des pays membres, traiter toutes les questions à aborder dans le cadre de la lutte globale contre le terrorisme et prendre des résolutions qui engageront l’ensemble de ses membres. Cette formalisation convaincra de la ferme résolution des initiateurs à conduire l’action collective dans la durée. Elle donnera la force et la crédibilité nécessaires à la coalition. Elle pourrait aussi se traduire par un renforcement de l’Organisation de la Conférence Islamique (OCI) qui apparait comme le cadre naturel d’expression politique et diplomatique de l’action de la coalition. Elle pourrait jouer un rôle à formaliser, voir même prendre le relai et faire en sorte que ce combat soit global pour tous les pays musulmans. Les initiateurs de cette stratégie musulmane globale contre le terrorisme doivent envisager cette option. L’institutionnalisation est une étape urgente à négocier au mieux pour donner à la coalition les moyens nécessaires à son ambition.

La structuration de l’organisation, accompagnée par le renforcement de ses moyens militaires, enverra aux terroristes un message fort des musulmans à travers leurs dirigeants quant à leur résolution à faucher sous leurs pieds l’herbe de l’islam comme argument commode à leur campagne de destruction. Ce sera aussi un signal fort à l’endroit de tous ceux qui doutent de la volonté des musulmans à se démarquer nettement et sans ambiguïté des vendeurs de morts. Il restera néanmoins à la coalition à illustrer cette ambition sur le terrain par des initiatives sécuritaires et politiques mais aussi et surtout par des actions importantes autour des questions de la religion. L’islam, argument des terroristes, reste encore le moyen le plus efficace de lutter contre le terrorisme. Plusieurs chantiers doivent être ouverts dans cette perspective.

Rien d’efficace ne peut être entrepris par les musulmans s’ils ne sont pas unis et s’ils n’œuvrent pas à résorber leurs divisions. Il s’agit d’une action stratégique qu’il faut entamer contre le terrorisme si on veut la réduire de manière significative et dans la durée. Les divisions dans la religion, qui se manifestent encore actuellement et malheureusement par des tensions entre l’Arabie Saoudite et l’Iran, dont certaines datent de plus de mille ans, doivent être abordées pour les résorber, ou à tout le moins, convenir de modus vivendi entre les courants qui les verra collaborer et non se battre pour se dominer. Les divergences entre les chiites et les sunnites sont les plus importantes à aborder ainsi que les antagonismes entre les différentes écoles du sunnisme ou entre les confréries… Cette division amène les uns et les autres à avoir des relations ambiguës avec des groupes terroristes, quelques fois à aider des groupes qui finissent par se retourner contre eux car il leur faut toujours quelqu’un à mordre et s’ils n’en trouvent pas au loin, ils se retournent contre leur souteneur ! Il y a de nombreuses divisions dans la religion et celles-ci affaiblissent nettement les musulmans. Seule l’entente entre les musulmans ouvrira des perspectives de paix durable au Moyen Orient et dans la péninsule arabique. Cela orientera les formidables arsenaux pour réunir les musulmans vers le combat contre la terreur aveugle et accroitra ses chances de succès.

L’unité des musulmans sera également indispensable pour aborder le second chantier majeur autour de la religion, celui de sa meilleure connaissance et de sa bonne compréhension par les musulmans. Il est indispensable que les valeurs substantielles de l’islam soient mieux diffusées pour que les musulmans aient la meilleure compréhension possible de leur religion et contribuer à mieux faire percevoir l’islam par les non musulmans. Un consensus des leaders musulmans est indispensable pour ce faire. Partout, on doit promouvoir et enseigner l’islam de paix et de vie contre le pseudo islam de la mort et de la violence. La religion musulmane est d’abord et avant tout un hymne à la vie et à son respect plutôt qu’une voie qui exalte la mort. Cela doit être su, dit, développé, argumenté et si on le fait tous, Musulmans d’Arabie, D’Asie, d’Afrique, d’Amérique, d’Europe, d’Océanie, on aurait de bonnes chances de se faire entendre et de convaincre. L’islam est une religion qui promeut la liberté religieuse et de foi des citoyens, l’harmonie avec les autres croyances en totale opposition avec un islam belliqueux et destructeur de toute opinion contraire. L’islam contient de nombreuses valeurs et des préconisations innombrables pour solutionner les problèmes existentiels et améliorer la vie ici-bas ; à l’opposé de cet islam qui fonctionne comme un pis-aller pour les marginaux, un exutoire pour tous ceux ayant des problèmes avec les sociétés occidentales et le matérialisme, frustrés de ne pas y trouver leur place et qui voudraient détruire les symboles de leur défaite !

Nous devons nous organiser pour spécifiquement lutter contre toutes les attitudes extrémistes et les discours qui les véhiculent. Les pays musulmans, orientés par cette organisation naissante devraient travailler à développer de véritables stratégies, utiliser tous les canaux de communication, multiplier les débats, éclairer les populations, édicter des brochures, créer des sites internet…Les couches vulnérables doivent faire l’objet d’activités d’identification, de démarches particulières qui déconstruiront de manière argumentée les discours extrémistes d’embrigadement. Penser à des actions à l’échelle internationale et globale pour ensuite les mettre en œuvre de manière cohérente, chaque pays tourné vers toutes les populations, donneront plus de chances à la réussite de l’initiative.

Les leaders religieux, les organisations religieuses doivent être fortement impliqués dans le processus et utiliser ces principes et les messages associés. Ils doivent les vulgariser, les défendre. Pour ce faire nous devons réfléchir à rendre cohérentes nos procédures d’encadrement des fonctions de guide, d’imam, de prêcheur…Le soutien efficace et l’accompagnement de la bonne diffusion de la religion sont à ce prix.

Le chantier de l’unité des musulmans, celui de la correcte compréhension de la religion doivent être compléter par la solidarité entre les musulmans et entre les pays musulmans pour éradiquer la pauvreté, autre lit fertile de l’extrémisme. Les pays musulmans nantis doivent accroitre leur effort vers les autres et travailler à ce que les instruments disponibles en matière de coopération (OCI, Banque Islamique de Développement-BID…) soient plus engagés dans ce combat. La solidarité inter musulmane doit être clairement visible dans les domaines cruciaux pour le mieux-être des populations. L’accès à l’eau doit être un objectif majeur pour l’hygiène, l’assainissement et le développement humain. La maitrise de l’eau pour produire, renforcer les revenus des ruraux, consolider la sécurité alimentaire des pays doit figurer parmi les priorités. L’agriculture de manière générale, dont l’impact sur les zones rurales et comme fondement à l’industrialisation et donc à la résorption du chômage des jeunes, est à privilégier. La formation professionnelle et le soutien à l’emploi des jeunes constituent également des domaines de polarisation de la solidarité entre les musulmans. Celle-ci nécessite l’engagement de moyens conséquents, une coopération accrue entre les acteurs, plus de partages d’expérience, plus d’intervention des acteurs multilatéraux mais aussi de chaque pays disposant de moyens vers les plus démunis. Les centaines de millions de musulmans qui bénéficieront de cet engagement solidaire significatif des nations musulmanes donneront au monde le visage idéal de l’islam, une religion de construction, de paix et de progrès, en phase avec les sciences et tout ce qui conforte la vie, une religion d’avant-garde tournée vers l’avenir plutôt qu’une religion de rétrogrades et constamment rivée sur le rétroviseur. L’islam gagnera à avoir des millions d’ingénieurs qui porteront les pays musulmans à la tête des nations développées. Les nations musulmanes de la planète ont des efforts importants à faire dans cette perspective et plus elles seront unies et solidaires, meilleure sera leur chance d’y parvenir. C’est cet espoir que la coalition naissante contre le terrorisme fait naître. Gageons que ses initiateurs et les autres dirigeants du monde musulman seront suffisamment habiles pour engager une lutte profonde, multidimensionnelle et solidaire contre le terrorisme et contribuer ainsi à la pacification de l’humanité.

Moussa MARA

www.moussamara.com

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